Coenzyme Q10 et cholestérol : le coeur mais aussi la tête

Dimitri Jacques Naturopathe et Psychothérapeute

« Un taux d’homocystéine élevé est associé non seulement au risque cardiovasculaire, mais aussi à la dépression et au déclin cognitif. La CoQ10 est indispensable au recyclage de l’homocystéine. Or, les médicaments anti-cholestérol  diminuent fortement la CoQ10. Le cholestérol lui-même est indispensable à produire la plupart des hormones et des neurotransmetteurs. »

La clé de contact de nos cellules

Tout commence dans les mitochondries, organites présentes dans chacune de nos cellules et qui sont le siège de la production d’énergie. A chaque instant, des milliards de mitochondries brûlent les sucres et les graisses issues de l’alimentation et l’oxygène de notre respiration, libérant de l’énergie sous forme d’ATP. Ce processus s’appelle la respiration cellulaire. Chaque cellule du cœur, l’organe le plus sollicité, contient plusieurs milliers de mitochondries. En seconde place vient le foie qui gère plus de 600 fonctions métaboliques. Dans les cellules des tissus où les besoins énergétiques sont moindres, on compte nettement moins de mitochondries.

La coenzyme Q10 (nous abrégerons CoQ10) est impliquée dans la production d’énergie au sein de toutes les cellules de l’organisme. Elle est la clé de contact qui met les mitochondries en marche pour faire tourner le cycle de Krebs, une chaîne complexe de réactions biochimiques (qui a fait transpirer tout médecin ou biologiste pendant ses études) dont la finalité est de produire des intermédiaires énergétiques qui serviront à la production d’ATP. Plus précisément, la CoQ10 transporte des électrons vers l’oxygène au sein de la membrane interne des mitochondries. La CoQ10 permet aussi de limiter la production de radicaux libres pendant ce processus et d’éviter le stress oxydatif, responsable du vieillissement prématuré.

En 2012, des chercheurs américains ont mené une méta-analyse incluant les résultats de 13 études, dans lesquelles des doses quotidiennes de 60 à 300 mg de CoQ10 par jour ont été administrées. Les résultats, publiés dans la revue scientifique The American Journal of Clinical Nutrition, meten évidence l’efficacité de la CoQ10 chez les personnes atteintes d’insuffisance cardiaque.

Le problème des statines

Les statines sont les médicaments prescrits pour faire baisser le taux de cholestérol. Elles agissent en neutralisant l’activité enzymatique qui permet la production du cholestérol au niveau du foie. Or, cholestérol et CoQ10 sont tous deux issus de réactions biochimiques très proches. Difficile de réduire la synthèse de l’un sans affecter celle de l’autre. La science médicale considère encore trop l’organisme comme une mécanique immuable alors que des millions d’échanges qui se jouent à chaque instant, beaucoup nous échappent encore.

Les patients soumis à une statine se plaignent le plus souvent de douleurs musculaires. En manque de CoQ10, les mitochondries tournent au ralenti et la respiration cellulaire est perturbée. Les cellules des muscles se retrouvent sous-oxygénées, en excès de radicaux libres et produisent de l’acide lactique lévogyre. Il en résulte un mauvais renouvellement des cellules, visible sur les analyses de sang par une augmentation des enzymes CPK.

Une étude en double aveugle menée par des chercheurs italiens sur deux statines différentes a montré que celles-ci faisaient baisser le taux de cholestérol et de CoQ10. En sachant que les personnes ayant un taux de cholestérol élevé sont déjà réputées avoir des taux de CoQ10 plus bas que le reste de la population. Une autre étude a montré une diminution de 40% des douleurs musculaires sur des patients traités par statines et supplémentés en CoQ10 à raison de 100mg par jour. Les personnes qui ne veulent pas remettre en cause leur statine doivent au moins se complémenter régulièrement en CoQ10.

Au-delà du CoQ10, malheureux dommage collatéral, la baisse du cholestérol elle-même peut poser problème. Des chercheurs de l’Université de Berne ont mis en évidence que les membranes cellulaires présentaient des anomalies suite à une baisse du cholestérol même mineure. Les cellules des muscles en souffrent le plus, parce que leur membrane est structurée de manière à transmettre efficacement les influx nerveux. Les chercheurs mentionnent que dans 5 à 10% des cas, le traitement par statine provoque des problèmes musculaires potentiellement graves.

Sachant que le cœur est un muscle, n’est-ce pas paradoxal de prescrire une statine pour protéger le cœur, tandis que plusieurs études récentes remettent en cause le lien entre taux de cholestérol et risque cardiaque ? De plus, ces problèmes musculaires sont particulièrement malvenus car à mesure qu’ils progressent, ils dissuadent le patient de pratiquer l’exercice physique régulier indispensable à sa santé cardiaque. Enfin, la CoQ10 exerce directement une action antioxydante sur les lipoprotéines, comme les transporteurs LDL du cholestérol qu’elle protège de l’oxydation. Nous sommes loin de la prévention des accidents cardiovasculaires.

Le taux d’homocystéine

L’homocystéine est un acide aminé normalement issu du métabolisme. Plusieurs études ont associé un taux élevé d’homocystéine dans le sang avec les maladies cardiovasculaires. En excès, elle agresse la paroi interne des artères, provoquant une réaction inflammatoire systémique qui peut conduire à l’athérosclérose et l’obstruction des artères par un caillot.

L’homocystéine est un indicateur non seulement de la santé cardiaque mais aussi de la santé mentale. Après les muscles, ce sont les tissus cérébraux qui sont de grands consommateurs de CoQ10. L’homocystéine est également un marqueur biologique de l’inflammation, et la recherche récente montre que les maladies cardiaques et les maladies neurologiques ont en commun une inflammation systémique. Des études ont montré que :

• L’élévation de l’homocystéine est corrélée au déclin cognitif et à l’intensité des troubles dépressifs chez la personne âgée.
• La réduction du taux sanguin d’homocystéine diminue le risque de maladie d’Alzheimer.
• Les personnes atteintes de la maladie de Parkinson ont une fonction mitochondriale altérée et des niveaux faibles de CoQ10.
• La CoQ10 est susceptible de protéger la région du cerveau endommagée par la maladie de Parkinson.

Le foie est le siège d’un processus – la méthylation – qui est fondamental dans la production de nombreuses molécules, dont les hormones et les neurotransmetteurs. Le métabolisme de la méthionine (un acide aminé) à partir des protéines de notre alimentation produit de l’homocystéine. Cette dernière est ensuite recyclée soit en cystéine, un autre acide aminé qui entre dans la composition de nombreuses protéines humaines, soit à nouveau en méthionine qui sera utilisée dans la synthèse des neurotransmetteurs. Lorsque ce cycle fonctionne mal, l’homocystéine s’accumule dans l’organisme tandis que la production de neurotransmetteurs est insuffisante. N’oublions pas que le foie, qui gère plus de 600 fonctions métaboliques, connaît une intense activité mitochondriale qui doit être soutenue et optimisée.

La CoQ10 est indispensable à une bonne méthylation et au recyclage de l’homocystéine, de même que vitamines B6, B9 et B12. Plusieurs études montrent qu’un déficit en vitamines du groupe B et un taux sanguin élevé d’homocystéine sont associés à la dépression et au déclin cognitif. Chez les personnes fibromyalgiques, on a également constaté une concentration accrue d’homocystéine dans le liquide cérébrospinal, et une carence en vitamines B 6-9-12. Un très léger déficit de ces vitamines, à cause d’apports alimentaires insuffisants ou par difficulté à les absorber, suffit à entraîner une hausse de l’homocystéine. Nous devons donc veiller à consommer suffisamment d’aliments frais et prendre soin de notre intestin.

Cholestérol et CoQ10 pour l’équilibre psychique

Le cholestérol sert de substrat pour produire la plupart des hormones et des neurotransmetteurs, qui nous permettent de nous adapter physiquement et psychologiquement à notre environnement. Les récepteurs de ces molécules, situés sur la membrane des neurones, sont formés entre autres de cholestérol. Un manque de cholestérol peut provoquer des symptômes neuro-endocriniens (fatigue avec sensation d’épuisement, nervosité, anxiété, crises d’angoisse, difficultés à se concentrer, troubles du sommeil, perte d’appétit). Des symptômes qui laissent penser à la dépression.

Dans un récent article d’Alternative Santé, le Dr Michel de Lorgeril mettait en garde sur l’impact d’un manque de cholestérol sur le cerveau, causé par les statines abusivement prescrites. Le cerveau est autonome dans sa production et sa gestion du cholestérol, il est capable d’en synthétiser une grande quantité, jusqu’à un quart du cholestérol total de l’organisme. La barrière hémato-encéphalique, qui protège le cerveau, est hermétique au cholestérol circulant dans le reste du corps. Mais les statines, elles, parviennent à passer et sont susceptibles de perturber la synthèse de cholestérol dans le cerveau.

Il est possible qu’un manque de CoQ10 soit impliqué dans la dépression et dans la fatigue chronique. Une étude de l’Université d’Anvers a comparé le taux de CoQ10 de patients dépressifs avec celui de personnes en bonne santé. Plus de la moitié des patients du groupe dépressif affichaient un taux de CoQ10 inférieur au taux le plus bas du groupe en bonne santé.

On a vu des personnes sans aucun problème cardiaque ni aucun problème de santé particulier, se rendre chez le médecin pour une visite de contrôle et ressortir avec une statine, parce que le taux de cholestérol total était trop élevé. Ils ont ensuite développé des symptômes dépressifs et se sont vu prescrire un antidépresseur ! C’est sans doute ce que le Professeur Vincent Castronovo appelle la Mickey Mouse Medicine… Retenons que 80% du cholestérol est produit par l’organisme. S’il en produit trop, c’est peut-être qu’il lui manque certains nutriments essentiels pour assurer un métabolisme normal. Faites un bilan biologique et nutritionnel auprès d’un professionnel de santé formé à la micronutrition.

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