Covid-19 : la micronutrition, grande oubliée du débat

Alors que la polémique fait rage autour de la chloroquine, très peu de voix s’élèvent pour parler des défenses naturelles de l’organisme, alors que c’est pourtant la base. En particulier, le statut micronutritionnel de chaque individu a une importance de plus en plus documentée sur nos capacités à affronter une attaque bactérienne ou virale. Chaque rouage du système immunitaire fonctionne grâce à des nutriments particuliers que notre alimentation est censée nous apporter. Si ce n’est pas le cas, nous allons au combat avec un désavantage certain.

Résumé

  • Le zinc est l’oligo-élément principal activateur des enzymes du système immunitaire. Il a aussi une activité antivirale directe, y compris face aux coronavirus.
  • L’encadrement de la production de radicaux libres nécessite d’avoir un pool d’antioxydants suffisant.
  • Le glutathion réduit, antioxydant majeur, pourrait être utilisé en réanimation.
  • Le L-glutamine, nécessaire au renouvellement des muqueuses, permet aussi de contrôler l’inflammation.
  • La vitamine D, insuffisante dans une grande partie de la population, est la grande régulatrice de la réponse immunitaire.

Une attention toute particulière sur le zinc

Cet oligo-élément est le principal activateur enzymatique de la réponse immunitaire. Il est facteur limitant de l’amplification clonale, c’est-à-dire qu’une carence va ralentir le déploiement de tous les soldats de notre immunité. En particulier, il est nécessaire pour informer les lymphocytes qu’ils doivent produire des anticorps. Le zinc ne permet pas seulement à l’organisme de se défendre mais aussi de le faire d’une manière mesurée. Sans surprise, puisque le zinc est le cofacteur de nombreuses enzymes régulant et encadrant la réponse immunitaire. Nous savions déjà qu’une carence majeure favorise une immunodépression, c’est-à-dire une forte diminution de nos capacités de défense et donc plus grande vulnérabilité aux infections. Nous découvrons que des microcarences chroniques augmentent l’inflammation, via une production accrue de cytokines pro-inflammatoires. Ce qu’il faut éviter, vous l’aurez compris, face au Covid-19. Le zinc semble heureusement participer à la neutralisation de ces cytokines.

Le zinc montre par ailleurs une activité antivirale directe. Il inhibe le déshabillage des virus et la transcription de leur génome, ce qui les empêche de se répliquer. Sur culture cellulaire, le zinc montre de telles capacités sur le SARS-COV-2, en inhibant l’ARN polymérase. L’enzyme de conversion de l’angiotensine, dont le récepteur cellulaire ACE2 semble servir de point d’entrée aux coronavirus, est une enzyme qui nécessite du zinc. Un manque de zinc pourrait expliquer ce point de faiblesse.

Un détail qui interpelle est que le zinc est impliqué dans la perception du goût. Or, un des symptômes du Covid-19 est la perte de ce sens, ce qui suggère que la forte sollicitation du système immunitaire entraîne une baisse de la disponibilité du zinc, déjà insuffisante chez de nombreux sujets. Les taux de zinc ont tendance à décliner avec l’âge. Une supplémentation pendant un an, chez des sujets âgés de 55 à 87 ans, s’est avérée efficace pour réduire la fréquence des infections ainsi que les marqueurs biologiques du stress oxydatif. Enfin, les oligo-éléments sont interdépendants, d’où l’intérêt de les utiliser en synergie. Le cuivre par exemple, qui doit s’équilibrer avec le zinc, est nécessaire à la réplication des polynucléaires neutrophiles.

Lire la suite sur

Dimitri Jacques

est psychonutritionniste libéral, journaliste scientifique et formateur en micronutrition. Élève du Pr Vincent Castronovo, il est l'auteur de plusieurs ouvrages de santé et se consacre à l'étude des relations entre esprit et biologie. Il est engagé auprès d'associations de prévention en santé mentale et de structures éducatives.