Compléments alimentaires : soyons précis sur les mises en garde

Le magazine 60 millions de consommateurs consacrait récemment un hors-série aux dangers des compléments alimentaires. « Les » compléments alimentaires, une généralisation qui devrait faire tiquer tant elle empêche de savoir précisément de quoi nous parlons. Or, ce qui n’est pas correctement désigné ne peut pas être évalué. Partant sans doute de bonnes intentions, le risque est réel d’amalgamer des critiques judicieuses avec des mécanismes biologiques éprouvés mais mal compris ou mal abordés. Si les compléments alimentaires peuvent être critiqués, ils le sont rarement sous le bon angle.

La taurine toujours incomprise

Connue grâce à la boisson énergisante RedBull, la taurine n’a pourtant pas de vertu énergisante. Elle est ajoutée pour prolonger l’effet de la caféine sans les effets secondaires. Mais dans sa critique du complément alimentaire Formag, 60 millions de consommateurs n’a visiblement pas compris le rôle que tient la taurine aux côtés du magnésium. La taurine est un acide aminé qui, en synergie avec la vitamine B6, améliore l’entrée du magnésium dans les cellules. Plus précisément, elle stabilise la membrane cellulaire en réduisant son excitabilité, ce qui économise du magnésium. En situation de stress, l’élévation du taux d’adrénaline entraîne une perte accrue de magnésium. La taurine limite ce phénomène. Dans les neurones, la taurine et le magnésium renforcent l’action calmante du Gaba sur les récepteurs NMDA, impliqués dans la douleur et les troubles psychiques. Le Pr Marie Favrot, consultante pour l’Anses, recommande la taurine dans le cadre des troubles du stress et de la concentration. Ce sont là des connaissances en biochimie, il est normal que tout laboratoire intelligent les exploite.

Le millepertuis, une plante délicate

Reprocher à cette plante l’absence de preuves d’efficacité est pour le moins surprenant. Une méta-analyse portant sur plus de 5 000 participants, publiée dans la revue Cochrane en 2008 a confirmé les vertus antidépressives du millepertuis, proches de celles des médicaments. Trop proches d’ailleurs, si l’on en juge les propos de certains praticiens qui reprochent au millepertuis d’être trop délicat à utiliser. En cause, ses effets secondaires en début de traitement puis la nécessité d’un sevrage progressif, que l’on prête habituellement aux anxiolytiques et antidépresseurs.

Les antidépresseurs courants agissent en économisant la sérotonine. Encore faut-il que l’organisme en produise suffisamment et qu’elle puisse ensuite entrer dans la cellule. Dans certains cas, la prise de tryptophane concomitante à celle des antidépresseurs peut s’avérer nécessaire. De nombreux autres cofacteurs (vitamines, minéraux, acides aminés…) entrent en ligne de compte. Avant de crier à l’interaction, il faudrait pour le moins connaître le statut micronutritionnel exact de la personne. C’est pour cette raison que toute utilisation, dont on attend un effet thérapeutique, doit être accompagnée par un professionnel.

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Dimitri Jacques

est psychonutritionniste libéral, journaliste scientifique et formateur en micronutrition. Auteur de plusieurs ouvrages de santé, il se consacre à l'étude des relations entre esprit et biologie. Il est engagé auprès d'associations de prévention en santé mentale et de structures éducatives.

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