Sophrologie et TCA : vers la conscience du présent

Krishnamurti disait que la vérité est un pays sans chemin. Toutefois, chacun est en droit de demander à un moment de sa vie l’aide qui lui convient. Si la sophrologie n’est pas la panacée, elle est peut-être cette chance de voir les choses comme elles sont, au-delà des croyances et des jugements. Comme l’a dit un jour une de mes patientes, observer ce qui se passe en nous comme on observe un papillon.

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Instaurer le calme en soi

C’est le préalable indispensable à tout travail sur soi. Comment répondre à cet énorme point d’interrogation de notre existence lorsque l’esprit ne cesse de s’agiter ? Une caractéristique majeure de la personne souffrant de TCA est de n’avoir jamais l’esprit au repos. Lorsqu’elle ressent un grand vide, ce n’est pas parce qu’il n’y a rien en elle, mais qu’au contraire trop de choses la remplissent : trop de souffrances, de peines, de doutes, d’incompréhensions, d’émotions inexprimées, d’intentions inaccomplies, trop d’idées qui se bousculent, et qui finissent par occuper tout l’espace de son esprit. Il n’y a plus de place pour accueillir ce à quoi elle aspire secrètement : l’amour, le bonheur, la capacité à percevoir l’infini.

Le besoin de maîtriser tout cela l’enferme dans l’intellectualisation. Or quelqu’un qui est préoccupé n’est pas disponible pour accueillir le présent. C’est pourtant dans cette seule dimension que nous sommes en mesure de percevoir nos ressources intérieures et les solutions qui s’offrent à nous. Vous noterez que les TCA touchent essentiellement l’occident, dont le mode de vie est de plus en plus déconnecté des réalités les plus simples.

La sophrologie apprend à vivre le plus possible dans le présent, c’est-à-dire là où nous sommes et dans l’état dans lequel nous sommes, ici et maintenant. Il y a bien une part de méditation, mais la personne est davantage participative dans toutes ses dimensions. Pour la première fois, le corps est perçu comme quelque chose de vivant, et ce n’est pas rien.

Aller chercher les causes

Une question récurrente que je pose à mes patients est la suivante : « Si votre corps était une valise, auriez-vous l’impression de porter des choses lourdes qui ne sont pas à vous ? » La réponse est invariablement aussi éloquente que sans surprise : mort d’un frère ou d’une sœur dont le deuil n’a pas été fait, souffrance d’un père ou d’une mère incapable de s’accomplir, violences ou injustices subies par un proche qui n’a pas pu ou su réagir… Et quand bien même vous ne vous sentez pas concerné, n’avez-vous jamais remarqué ces situations auxquelles vous ne pouvez vous empêcher de réagir toujours de la même manière, une manière qui pourtant ne vous convient pas, ne correspond pas à ce que vous voulez être ?

Ces intentions inaccomplies dont nous avons pris le relais, ces souffrances inexprimées auxquelles nous nous sommes identifiés, sont souvent entretenues par des pensées obsessionnelles et des projections morbides qui tournent à la haine de soi. Elles ne se laisseront pas quitter facilement, elles ont tendance à créer des situations qui les justifient et à nous dissuader de les remettre en question. Or on ne peut se débarrasser de ce qu’on ignore.

La sophrologie, par un de ses outils qui s’appelle « sophro-analyse », peut vous permettre de révéler qui parle dans votre esprit, qui tient le micro du moi lorsque vous réagissez ainsi. Les schémas qui se répètent dans votre vie et vous empêchent de vous réaliser peuvent alors trouver un sens, condition première pour les remplacer. Alors commence à apparaître cette autre vision du monde qui nous attend tous au delà de la souffrance.

Adopter des schémas plus sains

Si vous n’apprenez pas à observer ce qui se passe en vous, vous ne pourrez pas prendre conscience que d’autres, ou plutôt leurs images, leurs reliquats, vivent à votre place. Il s’établit entre le thérapeute et vous un espace privilégié, qui vous permet de vous sentir bien maintenant, et de vous observer sans jugement. Ce n’est qu’à partir de là que quelque chose de véritablement nouveau peut être construit. Apprendre à nous voir tels que nous sommes, et non tels que nous voudrions être, car aussitôt cette vision s’oppose à ce que nos parents, nos proches, la société voudraient qu’on soit. Il n’est pas possible de contrôler, de maîtriser ce qui nous arrive si nous n’y portons pas un regard neuf.

Notre corps, tout comme ce que nous mangeons, n’est pas de la matière inerte. De l’énergie y circule et vient porter des informations qui permettent à tous les composants de s’organiser. Le besoin de vérité dans ce qui entre en soi doit être encouragé et trouver un écho positif face au doute qui peut survenir. Lorsque notre éducation puis nos relations sociales nous ont habitué à adopter des schémas pessimistes, à nous résigner, à considérer toujours l’hypothèse basse, il n’est pas facile de voir la vie en rose. Penser positivement, c’est à dire être convaincu d’avoir les moyens pour se réaliser, nécessite un réapprentissage. La sophrologie dispose d’une palette généreuse à cet effet. Il est confirmé aujourd’hui par les neurosciences que notre réseau cérébral est le siège de remaniements constants, des circuits neuronaux peuvent être activés ou désactivés, selon ce que nous avons décidé de changer en nous.

Moi version 2.0

Nous ne sommes pas notre corps, mais il est une expression de notre vie. Il ne peut nous encombrer que si nous perdons toute conscience de ce qui circule en lui. Nous ne sommes pas davantage cette expression sociale qu’est notre personnalité, cet état d’être qui n’existe que par rapport aux autres et souvent pour les autres. Ce que nous sommes en réalité est au-delà de toute définition, et il n’appartient qu’à nous de le découvrir.

Dimitri Jacques

est psychonutritionniste libéral, journaliste scientifique et formateur en micronutrition. Auteur de plusieurs ouvrages de santé, il se consacre à l'étude des relations entre esprit et biologie. Il est engagé auprès d'associations de prévention en santé mentale et de structures éducatives.

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